Page:Sade - Histoire secrète d’Isabelle de Bavière, reine de France, Pauvert, 1968.djvu/181

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La tranquillité dont parut jouir le duc d’Orléans par la perte d’un rival aussi dangereux que Philippe de Bourgogne fut bientôt troublée par les craintes trop réelles que lui inspira l’arrivée de Jean sans Peur, homme incontestablement plus à craindre et plus méchant que ne l’était son père.

Les vertus de Jean avaient bien moins d’éclat que les vices qu’elles couvraient. Et quels étaient ces vices, qu’il ne prenait pas toujours la peine de dissimuler ?… Tous ceux que l’enfer aurait pu produire pour le malheur des hommes, s’il se fût déchaîné contre eux. Méchant jusqu’à la noirceur, vindicatif, avare, spoliateur, intrigant, impie ; n’ayant ni foi, ni dieu, ni mœurs ; fourbe, dissimulé, dévoré des passions les plus fougueuses et les plus cruelles ; incapable de remords, portant l’avilissement au point de ne pas même admettre, ainsi que nous venons de le dire, l’indispensable nécessité de feindre. Ce qu’il y avait de singulier, et ce qui prouve à quel point deux âmes qui se ressemblent se sentent entraînées l’une vers l’autre, Jean n’eut pas plutôt vu la reine qu’il en devint amoureux ; mais comme il avait l’art de contenir ses passions et de ne leur donner l’essor qu’à propos, il attendit le moment favorable pour lui déclarer son amour. Rien ne parut donc encore et par conséquent rien n’entrava le crédit de la reine et du duc d’Orléans.