Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/123

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au rang des freins les plus odieux dont il a plû à l’homme de grever les inspirations de la nature. Osons arracher le voile ; le besoin de foutre n’est pas d’une moins haute importance que celui de boire et de manger, et l’on doit se permettre l’usage de l’un et de l’autre, avec aussi peu de contrainte. L’origine de la pudeur ne fut, soyons en bien sûrs, qu’un rafinement luxurieux ; on était bien aise de desirer plus long-tems, pour s’exciter davantage, et des sots prirent ensuite pour une vertu, ce qui n’était qu’une recherche du libertinage[1]. Il est aussi ridicule de dire que la chasteté est une vertu, qu’il le serait

  1. L’homme ne rougit de rien quand il est seul ; la pudeur ne commence en lui, que quand on le surprend, ce qui prouve que la pudeur est un préjugé ridicule, absolument démenti par la nature : l’homme est né impudique, l’impudicité tient à la nature, la civilisation pût changer ses loix, mais elle ne les étouffât jamais dans l’ame du philosophe. Hominem planto, disait Diogène en foutant au coin d’une borne ; et pourquoi donc se cacher davantage, en plantant un homme, qu’un chou.