Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/14

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contenant plus et me surprenant par l’énergie de ses expressions… Sacredieu quel tempérament ! Mes amies ne nous gênons plus, au diable tout ce qui voile encore à nos yeux des attraits que la nature ne nous créât point pour être cachés ; et jetant aussitôt loin d’elle les gazes qui l’enveloppaient, elle parut à nos regards belle comme la Vénus qui fixa l’hommage des Grecs. Il était impossible d’être mieux faite, d’avoir une peau plus blanche… plus douce… des formes plus belles et mieux prononcées ; Euphrosine qui l’imita presque tout de suite, ne m’offrit pas autant de charmes ; elle n’était pas aussi grasse que madame Delbène ; un peu plus brune, peut-être devait-elle plaire moins généralement ; mais quels yeux ! que d’esprit ! Émue de tant d’attraits, vivement sollicitée par les deux femmes qui les possédaient, de renoncer comme elles à tous les freins de la pudeur, vous croyez bien que je me rendis : au sein de la plus tendre ivresse la Delbène m’emporte sur son lit et me dévore de baisers ; un moment, dit-elle tout en feu ; un instant mes bonnes amies, mettons un peu d’ordre à nos plaisirs ; on n’en jouit qu’en les fixant. À ces