Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/142

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et toujours destinées à être victimes, vous mourez celles du préjugé, au lieu de l’avoir été de l’amour. Servez-le, jeunes beautés, servez-le donc sans crainte, ce Dieu charmant, qui vous créa pour lui ; c’est au pied de ses autels, c’est dans les bras de ses sectateurs que vous trouverez la récompense des petits chagrins que vous fait éprouver une première démarche : songez qu’il n’y a que celle-là qui coûte ; elle n’est pas plutôt faite que vos yeux se dessillent ; ce n’est plus la pudeur qui colore de roses vos joues fraîches et blanches, c’est le dépit d’avoir pu respecter une minute le frein méprisable dont l’atrocité des parens ou la jalousie des époux osa vous lier un seul jour.

Dans l’état cruel où les choses sont, et c’est ce qui doit faire la seconde partie de mon discours ; dans cet état de gêne affreux, dis-je, il ne reste plus qu’à donner aux femmes quelques conseils sur la manière de se conduire, et qu’à examiner si réellement il résulte un inconvénient de ce fruit étranger que se trouve contraint d’adopter le mari.

Voyons, d’abord, si ce n’est pas une vaine chimère pour un mari, que de placer son