Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/145

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femme… outragée par des procédés contraires ; la reconnaissance alors fera ce que le cœur n’avait pu opérer ; la confiance naîtra d’elle-même, et tous deux parvenus au déclin de l’âge, se dédommageront ensemble dans le sein de l’amitié de ce que leur aura refusé l’amour.

Époux injustes, cessez donc de tourmenter vos femmes si elles vous sont infidelles ; ah ! si vous voulez-bien vous examiner, vous vous trouverez toujours le premier tort, et ce qui persuadera le public que ce tort est véritablement toujours de votre côté, c’est que tous les préjugés sont contre l’inconduite des femmes, c’est qu’elles ont, pour être libertines, une infinité de liens à franchir, et qu’il n’est pas naturel qu’un sexe doux et timide en vienne-là sans d’excellentes raisons. Mon hipothèse est-elle fausse ? L’épouse seule est-elle coupable ? Eh ! qu’importe au mari ? Qu’il serait dupe de mettre là sa tranquillité. Éprouve-t-il des sottises de sa femme, quelques peines physiques ? Hélas non. Elles sont toutes imaginaires, il ne se fâche que d’une chose qui l’honorerait à cinq ou six cent lieues de Paris. Qu’il foule aux pieds le préjugé, pense-t-on aux torts