Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/167

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pas une folle d’y renoncer, quelque soit l’infamie dont elle se couvre en s’y livrant ; car le poids de cette imaginaire infamie ne la gênera, ne l’affectera jamais autant que le sacrifice de son péché d’habitude ; cette première souffrance ne sera qu’intellectuelle, capable d’affecter seulement certains esprits, et ce dont elle se prive est un plaisir à la portée de tout le monde ; ainsi, entre deux maux indispensables, comme il faut nécessairement prendre le moindre, la femme dont nous parlons, doit incontestablement braver l’infamie, et continuer de vivre comme elle faisait en la risquant ; car, elle ne perdra que fort peu de chose en encourant cette infamie, et beaucoup en renonçant à ce qui doit la lui mériter ; il faut donc qu’elle s’y apprivoise, il faut qu’elle la brave ; il faut qu’elle se mette au dessus de ce fardeau imaginaire, qu’elle s’accoutume dès l’enfance à ne plus rougir de rien, à fouler aux pieds la pudeur et la honte qui ne feraient que nuire à ses plaisirs sans rien ajouter à son bonheur.

Une fois là, elle éprouvera une chose singulière, et pourtant très-vraie, c’est que les pointes de cette infamie qu’elle redoutait,