Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/194

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sonne qui venait nous prendre, en nous recommandant de revenir le plutôt que nous pourrions ; nous l’embrassâmes, et nous partîmes.

Mon père mourut, vous savez quels désastres suivirent cette mort : celle de ma mère qui eut lieu au bout d’un mois, et l’abandon dans lequel nous nous trouvâmes. Justine, qui ne connaissait pas mes liaisons secrètes avec l’abbesse, ignora la visite que je fus lui faire quelques jours après notre ruine, et comme les sentimens que je lui découvris alors achevent de dévoiler le caractère de cette femme originale, il est bon, mes amis, que je vous en parle. Le premier trait de dureté de la Delbène vers moi, fut de me refuser la porte de l’intérieur, et de ne consentir à me parler qu’un instant à la grille ; lorsque surprise du froid qu’elle me témoignait, je voulus faire valoir nos liaisons, mon enfant, me dit-elle, toutes ces misères-là doivent s’oublier dès qu’on ne vit plus ensemble, et pour moi, je vous assure que je ne me rappelle pas la moindre circonstance des faits dont vous me parlez ; quant à l’indigence qui vous menace, rappellez-vous le sort d’Eu-