Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/198

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rien, je suis convaincue que le crime sert aussi bien les intentions de la nature, que la sagesse et que la vertu : élançons-nous dans ce monde pervers, ou ceux qui trompent le plus sont ceux qui réussissent le mieux, qu’aucun obstacle ne nous borne, il n’y a de malheureux que celui qui reste en chemin, puisque la société n’est composée que de dupes et que de fripons, jouons décidément le dernier rôle ; il est bien plus flatteur pour l’amour-propre de tromper que d’être trompée soi-même.

Rassurée par ces réflexions qui vous paraîtront prématurées peut-être, à quinze ans, mais qui devenaient pourtant toutes simples d’après l’éducation que j’avais reçue, j’attendis avec résignation les évènemens que la providence m’offrirait ; bien décidée à profiter de tous ceux qui se présenteraient pour améliorer ma fortune à tel prix que ce pût être.

J’avais sans doute un rude apprentissage à faire ; ces malheureux débuts devaient achever de corrompre mes mœurs, et pour ne pas alarmer les vôtres, peut-être ferais-je bien, mes amis, de vous soustraire des détails qui vont dévoiler à vos yeux des écarts