Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/233

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la terre ; soit : mais la nature, en créant des forts et des faibles, indiqua suffisamment qu’elle ne destinait ces biens qu’au plus fort, et que l’autre n’en pourrait jouir qu’en s’assujétissant au despotisme et au caprice du plus puissant ; elle inspire à celui-ci de voler le faible pour s’enrichir ; et au faible, de voler le fort, pour égaliser ; et cela, de la même manière qu’elle conseille à l’oiseau de voler la semence du laboureur ; au loup, de dévorer l’agneau ; à l’araignée, de tendre ses filets : tout est vol, tout est concussion dans la nature ; le desir de s’emparer du bien d’autrui est la première… la plus légitime passion que nous ayons reçu d’elle. Ce sont les premières loix que sa main grave en nous, c’est le premier penchant de tous les êtres, et sans doute le plus agréable.

Le vol était en honneur à Lacédémone. Lycurgue en avait fait une loi ; il rendait, disait ce grand homme, les Spartiates souples, adroits, courageux et agiles ; il est encore en honneur aux Philippines.

Les Germains le regardaient comme un exercice qui convenait à la jeunesse ; il y avait des fêtes où les Romains le permettaient ; les Égyptiens le faisaient entrer dans