Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/271

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nisation ; il est vicieux, quand il préfère son intérêt à celui des autres ; il est encore vicieux dans le sein même de la vertu puisque cette vertu, ce sacrifice à ses passions, n’est en lui, ou qu’un mouvement de l’orgueil, ou que le desir de faire refluer sur lui une dose de bonheur plus tranquille que celle que lui offre la route du crime ; mais c’est toujours son bonheur qu’il cherche, jamais il n’est occupé que de cela ; il est absurde de dire, qu’il y ait une vertu désintéressée, dont l’objet soit de faire le bien sans motif ; cette vertu est une chimère. Soyez assurée que l’homme ne pratique la vertu, que par le bien qu’il compte en retirer, ou la reconnaissance qu’il en attend ; que l’on ne m’objecte pas les vertus de tempérament, celles-là sont égoïstes comme les autres, puisque celui qui les pratique, n’a d’autre mérite que de livrer son cœur au sentiment qui lui plait le plus. Analisez telle belle action qu’il vous plaira, et vous verrez si vous n’y reconnaîtrez pas toujours quelque motif d’intérêt : le vicieux travaille dans les mêmes vues, mais avec plus de franchise, et n’en est par là que plus estimable ; il y réussirait, assurément, bien mieux que