Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/272

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son adversaire, sans les loix ; mais, ces loix sont odieuses, puisqu’on prenant sur la somme du bonheur particulier, pour conserver le bonheur général, elles enlèvent infiniment plus qu’elles ne donnent. De cette définition, vous pouvez donc induire maintenant, pour conséquence, que puisque la vertu n’est dans l’homme que le second mouvement, que, puisqu’il est incontestable que le premier qui existe en lui, abstractivement de tout autre, est l’envie de faire son bonheur, n’importe aux dépends de qui ; que, puisque le mouvement qui combat ou contrarie les passions, n’est qu’un sentiment pusillanime d’acheter à meilleur prix le même bonheur, c’est-à-dire, par un peu de sacrifice, et sans crainte de l’échafaud ; que puisque la vertu n’est, à le bien prendre, qu’un asservissement à des loix qui variant de climats en climats, ne laissent plus à cette vertu aucune existence déterminée, on ne peut plus avoir pour cette vertu que la haine et le mépris le plus complet ; et ce qu’on peut faire de mieux, est de se déterminer à n’adopter, de ses jours, une manière d’être, qui n’est que le résultat des loix, des préjugés, ou des tempéramens, qui n’a rien