Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/273

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que de vil et d’intéressé, et dont l’admission doit nous rendre d’autant plus malheureux, qu’il est impossible que, par ce trafic bas et honteux, l’homme puisse retirer sa mise ; c’est donc, alors, le calcul d’un fou, et il y a de la faiblesse à s’y rendre.

Je sais qu’on dit quelquefois en faveur de la vertu, elle est si belle que le méchant même est contraint à la respecter ; mais Juliette, ne soyez pas la dupe de ce sophisme ; si le méchant respecte la vertu, c’est qu’elle lui sert, c’est qu’elle lui est utile, elle n’est en contradiction avec lui que par l’autorité des loix, jamais par ses procédés physiques ; ce n’est jamais l’homme vertueux qui nuit aux passions de l’homme criminel, c’est l’homme vicieux, parce qu’ayant tous deux les mêmes intérêts, tous deux nécessairement doivent se nuire, et se croiser dans leurs opérations, plutôt que le criminel avec l’homme vertueux n’a jamais de discussions semblables. Ils peuvent bien ne pas s’accorder de principes ; mais ils ne se heurtent pas, ils ne se nuisent pas dans leurs actions ; les passions du méchant, au contraire, voulant dominer impérieusement, rencontrent à tout instant celles de son semblable, et