Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/278

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esprit au couvent. Hélas, monsieur ! ma naissance aurait dû me préserver de l’humiliation dans laquelle je suis, et à ce sujet je racontai mon histoire à Noirceuil. Je suis désespéré de tout ce que vous me dites, Juliette, me répondit Noirceuil, après m’avoir écouté avec la plus grande attention. — Et pourquoi donc ? — Le voici : J’ai beaucoup connu votre père, je suis cause de sa banqueroute, c’est moi qui l’ai ruiné, maître un instant de toute sa fortune, je pouvais la doubler ou la faire passer dans mes mains ; par une juste conséquence de mes principes, je me suis préféré à lui ; il est mort ruiné, et j’ai trois cent mille livres de rente ; après votre aveu, je devrais nécessairement réparer envers vous l’adversité où mes crimes vous ont plongée, mais cette action serait une vertu ; je ne m’y livrerai point, j’ai la vertu trop en horreur, ceci met d’éternelles barrière entre nous, il ne m’est plus possible de vous revoir. — Homme exécrable, m’écriai-je, à quelque degré que je sois victime de tes vices, je les aime… Oui, j’adore tes principes… — Oh, Juliette, si vous saviez tout ! — Ne me laissez rien ignorer. — Votre père…