Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/297

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monde chez Noirceuil : sa confiance était aussi entière que ses richesses étoient immenses, ses désordres extrêmes. Il n’y avait pas de jour où je ne pusse lui dérober dix à douze louis, sans qu’il s’en doutât. Par les singulier calcul de mon imagination un sentiment dont j’aurais peut-être bien de la peine à me rendre compte, je ne voulus jamais me permettre de faire tort à un être aussi corrompu que moi ; c’est sans doute ici ce qu’on appelle la bonne foi des bohêmes ; mais je l’eus : un autre motif entra pour beaucoup aussi dans ce projet de réserve ; je voulais faire mal, en volant : cette idée embrâsait étonamment ma tête. Or, quel crime commettais-je en dépouillant Noirceuil ? Regardant ses propriétés comme les miennes, je ne faisais que rentrer dans mes droits ; donc, pas la plus légère apparence de délit dans ce procédé. En un mot, si Noirceuil eût été un honnête homme, je ne lui aurais pas fait la moindre grace ; c’était un scélérat, je le respectais. En me voyant tout-à-l’heure lui faire des infidélités, vous me demanderez, peut-être, pourquoi cette vénération ne me suivait point : par tout : oh ! ceci était différent ; il était dans mes prin-