Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/31

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puisqu’il ne vient jamais qu’après l’action commise  ; il empêche bien rarement de le commettre encore, et n’est donc par conséquent bon à rien. Après que le mal est commis, il arrive nécessairement deux choses  : ou il est puni, ou il ne l’est pas. Dans cette seconde hypothèse, le remords serait assurément d’une bêtise affreuse  ; car à quoi servirait-il de se repentir d’une action de quelque nature qu’elle pût être, qui nous aurait apporté une satisfaction très-complette, et qui n’aurait eu aucune suite fâcheuse. Se repentir dans un tel cas, du mal que cette action aurait pu faire au prochain, serait l’aimer mieux que soi, et il est parfaitement ridicule de se faire un chagrin de la peine des autres, quand cette peine nous a fait plaisir, quand elle nous a servis, chatouillés, délectés, en quelque sens que ce puisse être. Conséquemment dans ce cas-ci, le remords ne saurait avoir lieu  ; si l’action est découverte, et qu’elle soit punie, alors, si l’on veut bien s’examiner, on reconnaîtra que ce n’est pas du mal arrivé au prochain par notre action que l’on se repent, mais de la mal-adresse que l’on a eue en le commettant, de manière à ce qu’elle ait pu être décou-