Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/310

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la sienne, le met qui lui plaisait tant. Rien ne s’apperçut, je me rajustai, deux voitures nous attendaient, et nous nous séparâmes du pèlerin, après en avoir été largement payées.

Oh Dieu ! me dis-je en rentrant chez Noirceuil, et considérant à mon aise le rouleau que j’avais dérobé. Est-il possible que le ciel favorise ainsi mon premier vol. Le paquet contenait pour soixante mille francs de billets payables au porteur, et sans qu’aucune nouvelle signature devînt nécessaire.

De retour chez moi, je vis que par une incroyable fatalité, pendant que je volais on me volait moi-même ; on avait forcé mon secrétaire, et cinq ou six louis que l’on y avait trouvé, étaient devenus la proie du ravisseur. Noirceuil, consulté sur ce fait, m’assura qu’il ne pouvait avoir été commis que par une nommée Gode, fort jolie fille de vingt ans, que Noirceuil avait attaché à mon service, depuis que j’étais dans sa maison, qu’il mettait même très-souvent en tiers dans nos plaisirs, et à laquelle, par un caprice digne du libertinage de son esprit, il s’était amusé de faire faire un