Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/320

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que nous n’ayons tort de ne pas commettre, puisque c’est la nature qui nous l’inspire ; car, nos usages, nos religions, nos coutumes peuvent facilement, et doivent même nécessairement nous tromper, et la voix de la nature ne nous trompera certainement jamais ; c’est par un mélange absolument égal de ce que nous appelions crime et vertu, que ses loix se soutiennent ; c’est par des destructions qu’elle renaît, c’est par des crimes qu’elle subsiste ; c’est, en un mot, par la mort, qu’elle vit. Un univers totalement vertueux, ne saurait subsister une minute, la main savante de la nature fait naître l’ordre du désordre, et sans désordre, elle ne parviendrait à rien ; tel est l’équilibre profond qui maintient le cours des astres, qui les suspend dans les plaines immenses de l’espace, qui les fait périodiquement mouvoir ; ce n’est qu’à force de mal, qu’elle réussit à faire le bien ; ce n’est qu’à force de crimes, qu’elle existe, et, tout serait détruit, si la vertu seule habitait sur la terre. Or, je vous le demande, Juliette, dès que le mal est utile aux grands desseins de la nature, dès qu’elle ne peut parvenir à rien sans lui, comment, l’individu qui