Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/357

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besoins et nos passions ? Cependant les passions et les besoins méconnaissent la vertu de l’humanité ; donc cette vertu n’est pas dans la nature ; elle n’est plus dès-lors qu’un pur effet de l’égoïsme qui nous a porté à désirer la paix avec nos semblables, afin d’en jouir nous-mêmes. Mais celui qui ne craint pas les représailles, ne s’enchaîne qu’avec bien de la peine à un devoir uniquement respectable pour ceux qui les redoutent. Eh ! non, non, Juliette, il n’y a point de pitié franche, point de pitié qui ne se rapporte à nous. Examinons-nous bien au moment où nous nous surprenons en commisération, nous verrons qu’une voix secrette crie au fond de nos cœur… Tu pleures sur ce malheureux, parce que tu es malheureux toi-même, et que tu crains de le devenir davantage. Or, quelle est cette voix, si ce n’est celle de la crainte ; et d’où naît la crainte, si ce n’est de l’égoïsme ?

Détruisons donc radicalement en nous ce sentiment pusillanime ; il ne peut être que douloureux, puisqu’on ne peut le concevoir que par une comparaison qui nous ramène au malheur.

Dès que ton esprit, chère fille, aura par-