Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/384

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que des libertins dont les passions cruelles pouvaient t’entraîner à ta perte ; si tu m’avais confié tes goûts, je t’aurais fait faire moi-même des parties très-chères, où les dangers eussent été minces, et où tu aurais pu voler tout à ton aise ; car il n’y a rien de si simple que de voler, c’est une des fantaisies la plus naturelle à l’homme ; moi qui te parle, je l’ai eue très-long-tems, je ne m’en suis corigé qu’en faisant pis ; rien ne guérit des petits vices comme les grands crimes ; plus on balotte la vertu, plus on s’accoutume à l’outrager ; et ce n’est plus alors qu’aux plus grandes offenses que la volupté nous chatouille. Vois combien tu as perdu, Juliette, ignorant tes caprices ; je t’ai refusée à cinq ou six de mes amis, qui brûlaient de t’avoir, et chez lesquels tu en aurais été quitte en présentant le cul. Au reste, poursuivit Noirceuil, rien de tout cela ne se serait su sans ce maudit Lubin qui, soupçonné par son maître, avait juré de faire sur ce vol les plus exactes perquisitions. Mais tu es vengée, mon ange, nous l’avons fait mettre hier à Bicêtre pour le reste de ses jours. Il est essentiel que tu saches que c’est au ministre Saint-Fond, mon ami, que tu dois ta déli-