Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/67

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de leur absence, c’est alors ce qu’on nomme imagination, et cette imagination est la vraie cause de toutes nos erreurs. Or la source la plus abondante de ces erreurs, vient de ce que nous supposons une existence propre aux objets de ces perceptions intérieures, et qu’ils existent séparément de nous, de même que nous les concevons séparément. Je donnerai donc pour me faire entendre de toi, je donnerai, dis-je, à cette idée séparée, à cette idée, née de l’objet qui apparaît, le nom d’idée objective, pour la différencier de celle qui est apperçue, et que je nommerai réelle. Il est très-important de ne pas confondre ces deux genres d’existence ; on n’imagine pas dans quel gouffre d’erreurs on tombe, faute de caractériser ces distinctions. Le point divisé à l’infini, si nécessaire en géométrie, est dans la classe des existences objectives ; et les corps, les solides, dans celle des existences réelles, Quelque abstrait que ceci te paraisse, ma chère, il faut pourtant me suivre, si tu veux arriver avec moi au but où je veux te conduire par mes raisonnemens.

Observons d’abord ici, avant que d’aller plus loin, que rien n’est plus commun, ni plus ordinaire que de se tromper lourdement