Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/91

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sur l’ignorance où l’on est de la nature de cet ame, tandis que l’on est plus familiarisé avec la matière ou le corps que l’on s’imagine connaître et dont on croit démêler les ressorts ; mais les mouvemens les plus simples de nos corps, sont, pour tout homme qui les médite, des énigmes aussi difficiles à deviner que la pensée.

L’estime que tant de gens ont pour la substance spirituelle, ne paraît avoir pour motif que l’impossibilité où ils se trouvent de la définir d’une manière intelligible ; le peu de cas que nos théologiens font de la matière, ne vient que de ce que la familiarité engendre le mépris ; lorsqu’ils nous disent que l’ame est plus excellente que le corps, ils ne nous disent rien, sinon que ce qu’ils ne connaissent aucunement, doit être bien plus beau que ce dont ils ont quelques faibles idées.

On nous vante sans cesse l’utilité du dogme de l’autre vie ; on prétend que quand même ce serait une fiction, elle serait avantageuse, parce qu’elle en imposerait aux hommes et les conduirait à la vertu. À cela je demande s’il est bien vrai que ce dogme rende les