Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/92

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hommes plus sages et plus vertueux ; j’ose affirmer, au contraire, qu’il ne sert qu’à les rendre fous, hypocrites, méchans, atrabilaires, et qu’on trouvera toujours plus de vertus, plus de mœurs chez les peuples qui n’ont aucune de ces idées, que chez ceux où elles font la base des religions. Si ceux qui sont chargés d’instruire et de gouverner les hommes, avaient eux-mêmes des lumières et des vertus, ils les gouverneraient bien mieux par des réalités que par des chimères ; mais fourbes, ambitieux, corrompus, les législateurs ont par-tout trouvé plus court d’endormir les nations par des fables que de leur enseigner des vérités… que de développer leur raison, que de les exciter à la vertu par des motifs sensibles et réels… que de les gouverner enfin d’une façon raisonnable.

Ne doutons pas que les prêtres n’aient eu leurs motifs pour imaginer la fable ridicule de l’immortalité de l’ame ; eussent-ils, sans ces systêmes, mis les mourans à contribution ? Ah ! si ces dogmes épouvantables d’un Dieu… d’une ame qui nous survit, ne sont d’aucune utilité pour le genre humain, con-