Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/94

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


décrets sont, qu’ainsi que tous les êtres, vous retombiez dans le creuset de la nature, pour en sortir bientôt sous d’autres formes ; car, dans le fait, rien ne périt dans le sein de cette mère du genre humain ; les élémens qui nous composent, se réuniront bientôt sous d’autres combinaisons ; un laurier perpétuel croît sur le tombeau de Virgile, Cette transmigration glorieuse n’est-elle pas, sots déistes, aussi douce que votre alternative de l’enfer ou du paradis ! Car, si ce dernier est consolant, ou m’avouera que l’autre est affreux ; ne dites-vous pas, imbéciles chrétiens, qu’il faut, pour se sauver, des graces que votre Dieu n’accorde qu’à très-peu de gens ? Certes, voilà des idées fort consolantes ; et ne vaut-il pas mieux cent fois être annéanti, que de brûler éternellement ? Qui osera donc soutenir d’après cela que l’opinion, qui débarrasse de ces craintes, ne soit mille fois plus agréable que l’incertitude où nous laisse l’admission d’un Dieu qui, maître de ses graces, ne les donne qu’à ses favoris, et qui permet que tous les autres se rendent dignes des supplices éternels : il n’y a que l’enthousiasme ou la folie qui puisse faire préférer un systême évident qui tran-