Page:Sade - La nouvelle Justine, ou les malheurs de la vertu, suivie de L'histoire de Juliette, sa soeur, tome 5, 1797.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


celle de n’avoir pas toujours été ? Va, va, tranquillise-toi, mon ange, la frayeur de cesser d’être, n’est un mal réel que pour l’imagination créatrice du dogme absurde d’une autre vie.

L’ame, ou, si l’on veut, ce principe actif… vivifiant, qui nous anime, qui nous meut, qui nous détermine, n’est autre chose que de la matière subtilisée à un certain point, moyen par lequel elle a acquis les facultés qui nous étonnent. Toutes les portions de matière, sans doute ne seraient pas capables des mêmes effets ; mais combinées avec celles qui composent nos corps, elles en deviennent susceptibles, ainsi que le feu peut devenir flamme quand il est combiné avec des corps gras ou inflammables ; l’ame, en un mot, ne peut être considérée que sous deux sens, comme principe actif et comme principe pensant ; or, sous l’un et sous l’autre rapport nous allons la démontrer matière par deux syllogismes sans réplique : 1°. comme principe actif elle se divise ; car le cœur conserve encore son mouvement long-tems après sa séparation d’avec le corps : or, tout ce qui se divise est matière. L’ame, comme principe actif, se divise, donc elle est matière.