Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/147

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Les chats, presque enragez d’amour,
Grondent dans les goutières ;
Les lou-garous, fuyans le jour,
Hurlent aux cimetières ;
Et les enfans, transis d’estre tous seul,
Couvrent leurs testes de linceuls.

Le clochetteur des trespassez,
Sonnant de rue en rue,
De frayeur rend leurs cœurs glacez,
Bien que leur corps en sue ;
Et mille chiens, oyans sa triste vois,
Luy repondent à longs abois.

Ces tons, ensemble confondus,
Font des accords funebres,
Dont les accens sont epandus
En l’horreur des tenebres,
Que le silence abandonne à ce bruit
Qui l’epouvante et le destruit.

Lugubre courier du Destin,
Effroy des ames lasches,
Qui si souvent, soir et matin,
M’esveilles et me fasches,
Va faire ailleurs, engeance de demon,
Ton vain et tragique sermon.

Tu ne me sçaurois empescher
D’aller voir ma Sylvie,
Deussay-je, pour un bien si cher,
Perdre aujourd’huy la vie.
L’heure me presse, il est temps de partir.
Et rien ne m’en peut divertir.

[1]

  1. V. Legrand d’Aussy, Mœurs et coutumes, etc. Il cite ce passage de Saint-Amant.