Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/221

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As mille fois plus fait de masses[1]
Que ton père, en son plus grand feu,
N’en a jamais fait dans le jeu ;
Chasteaupers, gardien des treilles,
Au nez à crocheter bouteilles,
De qui l’aspect est aussi bon
Pour faire chifler qu’un jambon ;
Cher compatriote de Lâtre,
Humeur que mon ame idolâtre,
Homme à tout faire, esprit charmant,
Pour qui j’avoue estre Normant ;
Theophile, Bilot, Moliere,
Qui dedans une triste biere
Faites encore vos efforts
De trinquer avecques les morts ;
Fameux beuveurs, troupe fidelle,
Tous ensemble je vous appelle
Dans ces lieux de pampre couvers,
Pour m’aider à chanter ces vers :

Que sous les climats froidureux
Les peuples sont bien malheureux
De n’avoir aucun sep de vigne !
Tout plaisir leur est interdit ;
Le ciel en tout temps leur rechigne,
Et la nature les maudit.

Ils profanent le cabaret ;
De l’eau bouillie au vin clairet
Le fade goust on y prefere ;
Quand on y boit on est transy,
Et l’on n’y sçauroit jamais faire
Rubis sur l’ongle, comme icy.

  1. Terme emprunté au jeu de dés. — Masse ! disoit l’un. — Tope, répondoit l’autre. Et de même en beuverie. (V. Furetière.)