Page:Saint-Amant - Œuvres complètes, Livet, 1855, volume 1.djvu/222

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Alexandre, le grand beuveur,
Bacchus, eust-il sans ta faveur
Peu meriter quelque louange,
Et l’eust-on jamais veu regner
Sur tant de terres que le Gange
Prend tant de plaisir à baigner ?

Jamais habillemens de Mars,
Glaives, boucliers, lances ny dars,
N’esclatterent dans son armée,
Et jamais mousquets ny canons,
Vomissans fer, flamme et fumée,
N’y firent abhorrer leurs noms.

L’esclat des verres seulement,
Plus brillans que le firmament,
Y rendoit la veue esblouye ;
On n’y vomissoit que du vin,
Et rien n’y possedoit l’ouye
Qu’un chant bacchique et tout divin.

Quand ces pyrates impudents,
Bacchus, te monstrerent les dents,
N’est-il pas vray que ta vengeance
Ordonna, pour son plus grand fleau,
Que cette miserable engeance
Ne boiroit jamais que de l’eau ?

Ô quel severe chastiment !
Boire de l’eau, Dieu, quel tourment !
Quelle ire n’en seroit foulée !
C’est bien pour en desesperer !
Mais encore de l’eau salée,
Qui ne sert qu’à les alterer !

Ces maraus furent bien surpris
En leur audacieux mespris !