Page:Saint-Just - Œuvres complètes, éd. Vellay, I, 1908.djvu/357

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découverte manquait à la franchise de l’antiquité ; elle était à peu près remplacée, à la vérité, par les harangues populaires, mais il arrivait des occasions où les harangueurs devenaient muets ; par exemple quand les tyrans se rendaient absolus. Le calme et l’esprit de nos monarchies ne demandent point qu’on discoure dans les places publiques ; cela n’irait guère que dans de pressants périls, comme aux jours de la prise de la Bastille ; on ne s’aperçut jamais plus qu’à cette époque combien l’esprit, et bien plus encore le cœur humain, brûlaient pour la liberté. Mais ces orateurs qui prépa­raient alors la Constitution auraient bouleversé le gouvernement paisible. Les harangues dévoraient les factions ; les figures, les mouvements étaient hardis ; les images des hommes sauveurs de la patrie et des lois étaient étreintes ; ramenée contre l’ennemi commun, l’éloquence exerçait une partie de la souveraineté ; mais ce ne fut que dans les plus beaux jours, de si courte durée, que la liberté des auteurs nourrit la vertu ; quand la crainte, la corruption et le dégoût des grandes causes les firent taire, les lois se turent bien­tôt ; c’est pourquoi nous voyons la décadence des républiques suivre la décadence des belles-lettres.

L’impression ne se tait point, elle est une voix impassible, éternelle, qui démasque l’ambitieux, le dépouille de son artifice et le livre aux méditations de tous les hommes ; c’est un œil ardent qui voit tous les crimes et les peint sans retour ; elle est une arme à la vérité comme à l’imposture. Il en est de l’impri­merie comme du duel, les lois qu’on porterait contre elle seraient mauvaises, elles prendraient le mal loin de sa source.

Camille des Moulins, quelles que soient l’ardeur et la passion de son style, ne put être redouté que par des gens qui méritaient qu’on informât contre eux ; l’orateur, d’ailleurs estimable, qui le dénonça, justifia le cri des tribunes, il était ami ou dupe de ceux qu’épouvantait le censure.

On ne peut s’empêcher d’admirer l’intrépidité de Loustalot, qui n’est plus, et dont la plume vigoureuse fit la