Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/130

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Autres quinze jours après, on apprit que Listenois étoit chez lui en fort bonne santé à Besançon. Huit jours ensuite, il arriva à l’Étang. Il dit à Chamillart qu’il avoit été pris par des officiers ennemis, que tous les bruits qui avoient couru depuis sur lui étoient faux ; qu’il lui donneroit par écrit le récit de toute son aventure ; qu’il le prioit d’en faire examiner la vérité ; que, quand il en seroit suffisamment éclairci, il le prioit d’en rendre compte au roi, et que, s’il s’y trouvoit la moindre fausseté, il méritoit d’être rigoureusement puni. On entendit bien ce que tout cela vouloit dire. Il n’en coûtoit rien au roi, il n’y avoit que Mme, de Mailly d’attrapée, qui aimoit mieux perdre son argent que son gendre. Elle étoit nièce de Mme de Maintenon, elle étoit en place et fort amie de Chamillart ; Listenois reparut à la cour et il n’en fut pas parlé davantage, mais personne ne s’y méprit, et Listenois n’y perdit rien, parce qu’il n’avoit rien à perdre.

On a vu (t. III, p. 391 et suiv.) ce qui se passa entre le roi, Catinat et Chamillart, quand le roi voulut se resservir de Catinat, après l’avoir fait honteusement revenir d’Italie pour y envoyer son maréchal de Villeroy réparer les torts d’un général si différent de lui. L’anecdote en est extrêmement curieuse. Quelque sagesse au-dessus de l’homme que Catinat eût fait paroître en cette occasion, où il eut tant d’avantage en résistant au roi, qui le pressoit de nommer et de lui parler à cœur ouvert sur l’Italie, Chamillart qui avoit eu toute la frayeur d’être chassé, et Tessé d’être perdu sans ressource ne purent la lui pardonner, ni se résoudre à retomber une autre fois sous sa coupe, quelque généreux et chrétien qu’il se fût montré alors. Tessé, valet à tout faire de Chamillart tant qu’il fut en faveur, n’omit rien pour l’engager à perdre Catinat, et le mettre hors de toute portée d’inquiéter leur fortune. Ce n’étoit pas qu’il ne dût la sienne tout entière à Catinat qui l’avoit toujours distingué dans la guerre de 1688 en Italie, et qui le produisit pour être chargé