Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/17

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jouir du revenu ; d’y faire joindre par le même des dépendances nouvelles, pour en grossir le revenu et en étendre la souveraineté, et de rendre le roi protecteur de cette affaire ; et on verra bientôt qu’il y réussira, et même à davantage.

En attendant, il songeoit fort à s’établir un rang distingué. Il avoit celui de grand d’Espagne, mais il n’avoit garde de s’en contenter. Comme prince de l’empire, il n’en pouvoit espérer. Celui de ses grands emplois avoit cessé avec eux, et ce groupe de tant de choses accumulées, et qui éblouissoient les sots, lui parut trop aisé à désosser pour se pouvoir flatter d’en faire réussir quelque chose de solide. Il avoit tenté, au milieu de sa situation la plus brillante et la plus accréditée en Italie, d’être fait chevalier de l’ordre ; il l’avoit fait insinuer par ses amis ; enfin il l’avoit lui-même formellement demandé. Il avoit été refusé à plus d’une reprise, et on ne lui en avoit pas caché la raison, avec force regrets de ne la pouvoir surmonter. Cette raison étoit un statut de l’ordre du Saint-Esprit qui en exclut tous les bâtards, sans aucune autre exception que ceux des rois. Il eut beau insister, piquer l’orgueil, en représentant que le roi étoit maître des dispenses, tout fut inutile. Dès le temps que le roi d’Espagne étoit en Italie, il y employa Louville auprès de Torcy et de M. de Beauvilliers, qui me l’a conté ; et depuis il y employa encore Tessé, le maréchal de Villeroy et M. de Vendôme. Tout fut inutile ; il n’y eut point de crédit ni de considération qui pût obtenir du roi d’assimiler un bâtard de Lorraine aux siens en quoi que ce pût être. Mais quoique le refus ne portât que sur cet intérêt si cher au roi, il ne laissoit pas de montrer à Vaudemont que le roi ne le prendroit jamais que pour ce qu’il étoit, c’est-à-dire que pour un bâtard de Lorraine, qui, par la raison qui vient d’être expliquée, et que Vaudemont et ses nièces avoient trop d’esprit pour ne pas sentir, se trouveroit toujours en obstacle à toutes ses prétentions. Ce fut apparemment aussi ce qui lui fit imaginer cette souveraineté de Commercy, et entreprendre encore au delà,