Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/205

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d’Autriche [1]. On verra dans ce mariage si indifférent en apparence, et si, fort ignoré des puissances de l’Europe, le germe dont la Providence avoit destiné la faiblesse à les remuer toutes, à anéantir cette fameuse pragmatique qui avoit enrôlé toute l’Europe pour son soutien, et à mettre sur la tête d’un prince de Bavière, qui n’étoit pas prêt à nuire, le diadème impérial, la couronne de Bohème, et partager encore d’autres provinces avec d’autres provinces aux dépens de l’héritière qui se les croyoit toutes si assurées, avec l’empire pour son époux, et qui avoit de si puissants défenseurs, dont les intérêts avec les siens étoient les mêmes. À qui considère les événements que racontent les histoires dans leur origine réelle et première, dans leurs degrés, dans leurs progrès, il n’y a peut-être aucun livre de piété (après les divins et après le grand livre toujours ouvert du spectacle de la nature) qui élève tant à Dieu, qui en nourrisse plus l’admiration continuelle, et qui montre avec plus d’évidence notre néant et nos ténèbres. Cette réflexion m’échappe à cette occasion qui auroit la même application sous de bons yeux à une infinité d’autres, mais non pas avec la même évidence et la même clarté, pour qui a connu de source le ressort unique de ce grand événement, et les jeux différents de ce ressort unique.

Fervaques, fils de Bullion, épousa la fille de la marquise de Bellefonds ; et Gassion une fille d’Armenonville. Il étoit petit-fils du frère aîné du maréchal de Gassion, et sert actuellement de lieutenant général avec réputation. Monasterol, envoyé de l’électeur de Bavière, tout à fait dans sa confiance, qui recevoit ici ses subsides, gros joueur, grand dépensier et fort dans les belles compagnies, devint amoureux de la veuve de La Chétardie, gouverneur de Béfort, frère de ce curé de Saint-Sulpice, directeur de Mme de

  1. Le dernier empereur de la maison de Habsbourg-Autriche fut Charles VI, qui mourut le 20 octobre 1740.