Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


nous y apprîmes que le prêtre et les valets étoient déjà évadés, et qu’on travailloit à faire disparaître l’acte et les signatures. Mme de Roquelaure avoit fait partir Montplaisir, lieutenant des gardes du corps, fort galant homme et leur ami particulier, pour aller porter cette fâcheuse nouvelle au duc de Roquelaure à Montpellier, qui fut, s’il se peut, plus furieux que sa femme. Toutefois, après de grands vacarmes, tant à Paris qu’en Languedoc, on commença à comprendre que le roi, qui vouloit être si exactement et si continuellement informé de tout sur cette affaire, n’abandonneroit pas au déshonneur public la fille de Mme de Roquelaure, ni beaucoup moins à l’échafaud, ou à la mort civile en pays étranger, le propre neveu de Mme de Soubise.

Le duc et la duchesse de Foix, sœur de Roquelaure, commencèrent à adoucir sa femme et lui ensuite. Eux et leurs amis leur firent peur de la difficulté des preuves juridiques, des volontés de porter l’affaire à la dernière extrémité de rigueur, de la honte et de la rage du démenti après l’avoir entreprise et suivie ; et peu à peu les rendirent capables d’entendre dire qu’il valoit encore mieux faire un mariage convenable en soi, qu’eux-mêmes avoient voulu, que de s’exposer à ces cruels inconvénients et à déshonorer leur fille. Le rare fut que le duc et la duchesse de Rohan se rendirent les plus épineux. Le mari étoit plein de chimères ; il n’eût pas été fâché de voir son fils, dont il avoit toujours été mécontent, aller tenter fortune et s’établir en Espagne. La mère, qui avoit une grande prédilection pour le second, auroit été bien aise d’en faire l’aîné. Ils ne se soucièrent donc point de hasarder le succès ni de hâter la délivrance de leur fils, réduit à se tenir caché ; et n’eurent point de honte de chercher à profiter du malheur de M. et de Mme de Roquelaure, et de leur tenir le pied sur la gorge pour en tirer plus que ce dont ils s’étoient contentés lorsque le mariage avoit pensé être conclu, et qui ne s’étoit rompu