Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/284

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trente ans il n’étoit occupé que de prière et de pénitence, essaya vainement de le ramener un peu, et à la fin lui parla de la mort, de ce qu’on pense lorsqu’on y arrive, et de l’utilité de se représenter ce terrible moment. « Point de mort, point de mort ! s’écria le cardinal, monsieur de Saint-Louis, ne me parlez point de cela, je ne veux point mourir. » Je m’arrête sur ces diverses bagatelles pour faire connoître quel étoit ce personnage si rapidement élevé au plus haut, lui personnellement de sa maison, par les grâces et la faveur de Louis XIV : un homme qui a fait tant de bruit dans le monde par son orgueil, par son ambition, qui a paru si grand tant qu’il a été porté par cette même faveur, qui a donné le plus étonnant spectacle par ses fausses adresses, son ingratitude et la lutte de désobéissance qu’il osa soutenir contre ce même roi, son bienfaiteur, et par ses propres bienfaits, et qui depuis sa disgrâce parut si petit, si vil, si méprisable jusque dans les pointes qu’il hasarda encore, d’où il tomba dans le plus grand mépris partout et jusque dans Rome, où nous le verrons languir pitoyablement et y mourir enfin d’orgueil, comme toute sa vie il en avoit vécu. De la Ferté il dépêchoit des courriers sans cesse ; il lui est arrivé de s’y trouver avec trois ou quatre valets, tous les autres étant en course. Il y fut visité de quelques gens d’affaires. L’abbé de Choisy, si connu dans le grand monde, le même qui s’alla faire prêtre à Siam, dont on a une si agréable relation de ce voyage, et des lambeaux assez curieux de Mémoires, étoit de ses amis de tous les temps. Il passa plusieurs jours à la Ferté, d’où il fit un voyage à Chartres.

Ce séjour à la Ferté dura plus de six semaines. Il avoit projeté de faire entrer M. de Chartres dans ses affaires, malgré tout ce qui s’étoit passé dans celle de M. de Cambrai. Il étoit de toute sa vie vendu aux jésuites, qui de leur côté lui étoient livrés. Il crut donc qu’en mettant Mme de Maintenon de son côté par M. de Chartres, le roi ne pourroit tenir,