Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/301

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


choses considérables en leur moment, mais dont la plupart se fondent après comme les morceaux de glace, quoique bien des choses importantes dépendent souvent de celles qui se fondent ainsi. J’étois dans l’intime confiance de M. le duc d’Orléans ; et ses amis, et sa position étoit telle qu’il n’y avoit que moi qui pusse y être pour tout ce qui concernoit la cour. J’avois grand soin de l’informer aussi de bien des choses qui le pouvoient guider ou qui lui pouvoient servir, et je lui écrivois en chiffres, mais par ses propres courriers quand ils s’en retournoient, et par-ci par-là, quelques lettres de paille, et en clair, pour amuser, par la poste ou par les courriers de la cour. J’étois demeuré un peu en arrière de choses dont il falloit pourtant l’informer, et j’étois si excédé de la vie dont je sortois que je fus bien aise aussi d’un peu de dissipation. La Vrillière s’en alloit presque seul à Châteauneuf, il me pressa de l’y aller voir. J’y consentis. Je m’y enfermai une journée entière, matin et soir, à faire à M. le duc d’Orléans un volume en chiffres, que j’envoyai sûrement mettre à la poste d’Orléans, pour être à l’abri de l’ouverture. De là, j’allai voir Cheverny et sa femme dans leur belle maison de Cheverny, Chambord qui en est tout contre, dont j’entendois toujours parler, et que je n’enviai pas. L’évêque de Blois, qui vint à Cheverny, m’engagea aisément d’aller voir Blois, où j’avois grande curiosité de voir la salle des derniers états, la prison du cardinal de Guise et de l’archevêque de Lyon, et le lieu où mourut Catherine de Médicis. Je trouvai que, pour bâtir le château neuf, Gaston avoit détruit la salle des états, et que le contrôleur, qui occupoit l’appartement de cette funeste reine, étoit sorti avec la clef. Je vis aussi Menars, et j’eus lieu d’être content de ma curiosité par la singulière beauté des terrasses de cette maison, de la situation de l’évêché à Blois, et du grand parti que ce premier évêque a su en tirer pour le bâtiment qu’il y a fait. Après huit ou douze jours d’éclipse, je retournai à Fontainebleau.