Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/307

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Le terrain, presque tout roc, causa bien de la difficulté, les vivres en causèrent, beaucoup davantage. D’Asfeld, longtemps depuis maréchal de France, y fit de grands devoirs d’homme de guerre, et de soins pour la subsistance. J’ai ouï dire à M. le duc d’Orléans qu’il n’en seroit jamais venu à bout sans lui, et qu’il étoit le meilleur intendant d’armée qu’il fût possible. L’artillerie et le génie servirent si mal que M. le duc d’Orléans se voulut charger lui-même de ces deux parties si principales, qui lui causèrent beaucoup de soins et de peine. Un de ses ponts se rompit ; point de bateaux, de planches, de cordages ; tout manquoit généralement. La réparation de ce pont, outre le temps et l’inquiétude, coûta des peines infinies à ce prince qui en vint enfin à bout. La nuit du 9 au 10 juillet, on se logea dans le chemin couvert. Les assiégés le défendirent fort valeureusement, et firent après une sortie pour en déloger les assiégeants qui les repoussèrent. Le lendemain ils capitulèrent pour livrer leurs portes, et partir quatre jours après, et être conduits à Barcelone. Ils firent rendre en même temps le château d’Arcès au royaume de Valence, qui étoit une retraite de miquelets qui incommodoit beaucoup. Ils perdirent environ la moitié de leur garnison, et M. le duc d’Orléans environ six cents hommes, et personne de connu que Monchamp, son major général, un des six aides de camp que le roi envoya au roi d’Espagne en Italie, pour veiller sur sa personne, après la découverte de la conspiration dont j’ai parlé alors. Ce fut une perte, que ce Monchamp, en tout genre. Lambert, dépêché par M. le duc d’Orléans, vint apprendre cette bonne nouvelle au roi ; qui en fut d’autant plus aise que M. le duc d’Orléans avoit surmonté toutes les difficultés possibles. En Estramadure, ni ailleurs en Espagne, il ne se passa rien de marqué. M. le duc d’Orléans eut la gloire de resserrer, d’écarter et de pousser même Staremberg le reste de la campagne, quoique plus foible que lui. Mais il étoit dit que chaque année seroit fatale à l’Espagne, et que, semblable à