Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/313

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marcher dès le soir ; ceux qui l’osèrent lui en représentèrent la nécessité et l’importance. Tout fut inutile, malgré les avis redoublés à tous moments de la marche des ennemis. La négligence se trouva telle qu’on n’avoit pas seulement songé à jeter des ponts sur un ruisseau qu’il falloit passer jusqu’à la tête du camp. On dit qu’on y travailleroit toute la nuit.

Biron, maintenant duc et pair et doyen des maréchaux de France, avoit pensé être mis auprès de la personne de M. le duc de Berry cette campagne. Il étoit lieutenant général, commandoit une des deux réserves, et il étoit à quelque distance du camp, d’où il communiquoit d’un côté, et de l’autre à un corps détaché plus loin. Ce même soir il reçut ordre de se faire rejoindre par ce corps plus éloigné, et de le ramener avec le sien à l’armée. En approchant du camp, il trouva un ordre de s’avancer sur l’Escaut, vers où l’armée alloit s’ébranler pour le passer. Arrivé à ce ruisseau où on achevoit les ponts et dont j’ai parlé, Motet, capitaine des guides, fort entendu, lui apprit les nouvelles qui avoient enfin fait prendre la résolution de marcher. Alors, quelque accoutumé que fût Biron à M. de Vendôme par la campagne précédente, il ne put s’empêcher d’être étrangement surpris de voir que ces ponts non encore achevés ne le fussent pas dès longtemps, et de voir encore tout tendu dans l’armée. Il se hâta de traverser ce ruisseau, d’arriver à l’Escaut, où les ponts n’étoient pas faits encore, de le passer comme il put, et de gagner lés hauteurs au delà. Il étoit environ deux heures après midi du mercredi 11 juillet, lorsqu’il les eut reconnues, et qu’il vit en même temps toute l’armée des ennemis, les queues de leurs colonnes à Audenarde, où ils avoient passé l’Escaut, et leur tête prenant un tour et faisant contenance de venir sur lui. Il dépêcha un aide de camp aux princes et à M. de Vendôme, pour les en informer et demander leurs ordres, qui les trouva pied à terre et mangeant un morceau. Vendôme, piqué de l’avis