Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/330

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et se conduisent de façon que tout l’est en effet. C’est ce qu’a démontré Hochstedt, Barcelone, Ramillies, Turin et toutes les actions malheureuses de cette guerre, au contraire des ennemis qui se soutiennent et savent réparer leurs malheurs, comme on l’a vu à Fleurus, à Neerwinden, et en toutes les affaires qui nous ont réussi à la guerre précédente. Mais ce n’est pas le vice de la nation, c’est [la faute] des généraux à qui la tête tourna à Hochstedt et à Ramillies, et qui firent pis encore à Turin, où, de complot formé, ils empêchèrent par deux fois M. le duc d’Orléans, outré et fort blessé, de faire sa retraite en Italie, comme je l’ai expliqué alors. Qu’il n’y ait mot de vrai dans les discours tenus contre M. de Vendôme qui s’en moque, cela s’appelle une impudence tournée en lui en habitude et aux siens, avec un succès qui ne suppose pas qu’on ose le blâmer sans la plus grande évidence, à laquelle il faut venir.

On demeure si étonné de la hardiesse démesurée avec laquelle Albéroni tâche de donner le change sur les trois marches des ennemis dérobées à M. de Vendôme, qui ont causé tout le désastre, qu’on seroit tenté de se reposer de la réponse sur la notoriété publique qu’il ose lui-même s’approprier. Jamais il ne fut question de deux partis à prendre, jamais M. de Vendôme ne disconvint de celui seul qui étoit le bon et l’unique. Il n’y eut de dispute que sur le temps. Mgr le duc de Bourgogne, tous les officiers généraux en état de parler, jusqu’aux plus attachés et aux plus familiers de M. de Vendôme, furent tellement persuadés du danger de différer le mouvement à faire qu’ils l’en pressèrent trois jours durant, et que leurs plaintes de n’être pas écoutés volèrent par toute l’armée. Biron, qui dans son détachement en étoit instruit, ne put cacher sa surprise à Motet de voir les ponts qui n’étoient pas encore faits sur ce ruisseau de la tête du camp, et de le voir encore tendu lorsqu’il le passa. Il ne s’en cacha point à Fontainebleau, et pas une lettre de l’armée, quand à la fin on en reçut, qui ne rendît les mêmes