Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/341

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La proposition faite aux princes de gagner Ypres, de Gand, en poste et celle de les mettre dans leurs chaises de poste avec une escorte, pour gagner Gand, contre laquelle M. de Vendôme cria et qu’il empêcha, sont des choses qui, n’ayant pas été goûtées d’eux ni exécutées, ne peuvent aussi leur être imputées. La première étoit tout à fait ridicule, mais elle n’étoit que cela, puisque, l’armée se retirant sur Gand, la crainte du danger ne pouvoit causer ce conseil. Celle des chaises de poste vint d’un homme dont on n’accusera pas la valeur, ni le courage d’esprit, ni l’ignorance en matière d’honneur. L’idée en vint à Puységur, qui fait aujourd’hui l’honneur des maréchaux de France, trop frappé en ce moment de la fatigue des princes qui, après avoir passé toute la journée à cheval, avoient encore toute la nuit et la matinée à y être. Voyant d’ailleurs la confusion inévitable avec laquelle cette retraite s’alloit faire, qui ne s’exécuteroit que par parties séparées les unes des autres, il n’imagina pas que les princes dussent suppléer à ce que M. de Vendôme abandonnoit à l’aventure, ni entreprendre de mettre en ordre un si étrange chaos. Mais, sans pousser plus loin cette discussion, elle devient inutile dès qu’il demeure sans contestation certain que les princes n’adoptèrent ni n’exécutèrent ni l’une ni l’autre. Retournons à la lettre, M. de Vendôme, continue-t-elle, qui fut obligé de faire une grande partie du temps l’arrière-garde avec ses aides de camp, arriva sur les neuf heures du matin (à Gand), prit sur-le-champ sa résolution ferme de vouloir mettre l’armée derrière le canal qui est entre Gand et Bruges, malgré l’avis de tous les officiers généraux qui l’ont persécuté trois jours durant de l’abandonner, disant qu’il falloit tâcher de joindre l’armée de M. de Berwick. Une telle fermeté a sauvé l’armée du roi et le royaume, car l’épouvante qui étoit dans l’armée auroit causé une esclandre bien pire que celle de Ramillies, au lieu que M. de Vendôme se mettant derrière le canal, il a soutenu Gand et Bruges, qui est