Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/378

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


heureusement cette place. Ils eurent trois millions cinq cent mille livres de ce malheureux pays. Ils l’exigèrent la plupart en provisions de toutes les sortes, ce qui montra leur dessein de faire un grand siège. Le prince Eugène, retourné au-devant de son armée, s’étoit longtemps arrêté à Bruxelles, et y avoit fait préparer un convoi immense qui fut de plus de cinq mille chariots, outre ceux des gros bagages de leur armée qu’ils envoyèrent à vide pour revenir pleins avec ce convoi. Lorsqu’il fut en état, le prince Eugène l’escorta lui-même avec son armée jusqu’à celle du duc de Marlborough avec une peine et des précautions infinies. On ne pouvoit ignorer dans la nôtre de si grands préparatifs et une marche si pesante et si embarrassée. Le duc de Vendôme en voulut profiter et la faire ’attaquer par la moitié de ses troupes. Le projet en étoit beau, et le succès sembloit y devoir être favorable. En ce cas l’action étoit également glorieuse et utile : elle ôtait aux ennemis le fruit de leur victoire, leur causoit une perte infinie par celle de ce prodigieux amas dont nous aurions profité en partie ; leur siège étoit avorté, et ils ne pouvoient plus rien entreprendre que très difficilement du reste de la campagne. Ypres, Mons, Lille ou Tournai, une de ces places étoit leur objet, et rien de si important que d’en empêcher le siège. Néanmoins, Mgr le duc de Bourgogne s’opposa à l’attaque du convoi. Il fut soutenu dans cet avis par quelques-uns, contredit par un bien plus grand nombre. Pour moi, j’avoue franchement que je ne compris jamais quelles pouvoient être les raisons de ne le pas attaquer, et que je ne pus me satisfaire de ce peu qui en furent alléguées, encore moins par rapport à Mgr le duc de Bourgogne, sitôt après la désastreuse affaire d’Audenarde, et tout ce qui s’en étoit suivi sur son compte.

M. de Vendôme, si opiniâtre jusqu’alors, et si rempli de cette obéissance à ses vues, sous la condition de laquelle Mgr le duc de Bourgogne avoit le commandement honoraire