Page:Saint-Simon - Mémoires, Chéruel, Hachette, 1856, octavo, tome 6.djvu/45

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elle n’avoit été jusqu’alors que la marâtre, elle s’occupa de l’enrichir.

Le P. de La Tour tira d’elle un terrible acte de pénitence, ce fut de demander pardon à son mari et de se remettre entre ses mains. Elle lui écrivit elle-même dans les termes les plus soumis, et lui offrit de retourner avec lui s’il daignoit la recevoir, ou de se rendre en quelque lieu qu’il voulût lui ordonner. À qui a connu Mme de Montespan, c’étoit le sacrifice le plus héroïque. Elle en eut le mérite sans en essuyer l’épreuve ; M. de Montespan lui fit dire qu’il ne vouloit ni la recevoir, ni lui prescrire rien, ni ouïr parler d’elle de sa vie. À sa mort, elle en prit le deuil comme une veuve ordinaire, mais il est vrai que, devant et depuis, elle ne reprit jamais ses livrées ni ses armes qu’elle avoit quittées, et porta toujours les siennes seules et pleines.

Peu à peu elle en vint à donner presque tout ce qu’elle avoit aux pauvres. Elle travailloit pour eux plusieurs heures par jour à des ouvrages bas et grossiers, comme des chemises et d’autres besoins semblables, et y faisoit travailler ce qui l’environnoit. Sa table, qu’elle avoit aimée avec excès, devint la plus frugale, ses jeûnes fort multipliés ; sa prière interrompoit sa compagnie et le plus petit jeu auquel elle s’amusoit ; et à toutes les heures du jour, elle quittoit tout pour aller prier dans son cabinet. Ses macérations étoient continuelles ; ses chemises et ses draps étoient de toile jaune la plus dure et la plus grossière, mais cachés sous des draps et une chemise ordinaire. Elle portoit sans cesse des bracelets, des jarretières et une ceinture à pointes de fer, qui lui faisoient souvent des plaies ; et sa langue, autrefois si à craindre, avoit aussi sa pénitence. Elle étoit, de plus, tellement tourmentée des affres de la mort, qu’elle payoit plusieurs femmes dont l’emploi unique étoit de la veiller. Elle couchoit tous ses rideaux ouverts avec beaucoup de bougies dans sa chambre, ses veilleuses autour d’elle qu’à toutes les fois qu’elle se réveilloit elle vouloit trouver causant, jo-