Page:Sainte-Beuve - Poésies 1863.djvu/227

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Ils sont âpres et durs les seuls nœuds qui me lient ;
Ils s’useront peut-être, et les Dieux sont vengeurs.

Mais ce n’est point vengeance ici que je réclame ;
Loin de moi de prétendre offenser ni toucher !
J’exhale amèrement la peine de mon âme,
Je l’exhale sans charme, et me plains au rocher.




XI

SONNET


Osons tout et disons nos sentiments divers :
Nul moment n’est plus doux au cœur mâle et sauvage
Que lorsqu’après des mois d’un trop ingrat servage,
Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.

La flèche le perçait et pénétrait ses chairs,
Et le suivait partout : de bocage en bocage
Il errait. Mais le trait tout d’un coup se dégage :
Il le rejette au loin, tout sanglant, dans les airs.

Ô joie ! ô cri d’orgueil ! ô liberté rendue !
Espace retrouvé ! courses dans l’étendue !
Que les ardents soleils l’inondent maintenant !

Comme un guerrier mûri que l’épreuve rassure,
À mainte cicatrice ajoutant sa blessure,
Il porte haut la tête et triomphe en saignant.