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LIVRE DEUXIÈME.

quentant volontiers ses paroissiens considérables, et entre autres M. d’Andilly. Il connut par lui M. de Saint-Cyran, alors prisonnier à Vincennes, et fut touché : il se retrancha toutes dépenses superflues et résolut de quitter sa cure pour aller vivre en pénitent, dans un petit prieuré qu’il avait au fond du Poitou. M. de Saint-Cyran étant mort avant l’accomplissement de ce projet, M. Hillerin prit pour directeur M. Singlin, qui en amena l’issue. Tout bien pesé, et s’étant assuré d’un successeur, le jour de la Purification 1644, M. Hillerin monta en chaire et fit ses adieux à ses paroissiens, déclarant qu’en pécheur indigne qu’il était, il s’allait réfugier dans la pénitence ; et il fut fidèle à son vœu : son ermitage du Poitou devint une des solitudes succursales de Port-Royal, dont le nombre çà et là se multipliait. Mais il arriva que, dans le temps qui suivit la démission de sa cure aux mains de M. Du Hamel, son successeur, celui-ci éleva quelque difficulté sur les conditions convenues, et il fut question que M. Hillerin, pour faire entendre raison à M. Du Hamel, usât ou parût vouloir user de ses droits de rentrer. M. Singlin, consulté là dessus, et qui savait, dit Fontaine, ce que c’est que de tourner la tête en arrière, ne se laissa pas entamer aux raisons, et il répondit, les larmes aux yeux, mais d’un ton ferme, à l’ami commun qui lui en parlait : «Qu’il n’attende de moi aucune approbation sur le retour dans sa cure. Je le laisserai faire ; mais je ne serai jamais l’approbateur de son dessein. On ne se moque point de Dieu : Deus non irridetur. Je suis prêt à rompre avec tout le monde plutôt que de me relâcher en rien des vérités que je connois… Vienne qui voudra : je ne cherche personne : je suis près de m’abaisser dans tout le reste, mais, pour ces choses essentielles, je suis bien résolu d’être inflexible, et opiniâtre, si l’on veut, et singulier, et superbe !»