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PORT-ROYAL.

puis lors j’ai retrouvé Matthieu Marais, dans ses Lettres au président Bouhier, nous parlant du chevalier de Méré en homme qui le connaissait bien et résumant ou complétant les notions à son sujet :

« Le nom de famille du chevalier, écrivait-il (22 février 1727), est Plassac : il est de Poitou et, parmi ses Lettres, vous trouverez la 29e adressée à M. de Marillac, intendant de Poitou, où il lui recommande son village. Dans le Menagiana, tome II, vous trouverez encore bien des particularités sur lui et sur son frère, M. de Plassac-Méré, qui a fait un traité de l’Honnêteté et un autre de la Délicatesse, qui n’ont pas été trop bien reçus. Ces messieurs-là étoient fort honnêtes et fort grands puristes. M. Ménage dédia au chevalier ses Observations sur la Langue française. Ce chevalier croyoit qu’il n’y avoit que lui qui parloit bien notre langue ; il avoit un certain entêtement sur le bon air qu’il mettoit partout, et il ne trouvoit pas ce bon air dans Démosthène ni dans Cicéron. C’est un des premiers persécuteurs des Anciens. Il n’aimoit pas l’urbanité romaine ; l’éloquence de Nestor, qui avoit la persuasion sur les lèvres, ne lui plaisoit point. Enfin, à mon gré, ce n’étoit qu’un précieux en paroles et en sentiments.

Voilà donc, ce semble, l’identité d’un homme bien constatée. Qu’y manquait-il ? un seul petit point. M. Paulin Paris, à l’occasion d’une historiette de Tallemant des Réaux, duquel il a donné une fort belle et copieuse édition, rencontrant le chevalier de Méré, a constaté qu’au lieu d’être de son nom Brossin de Plassac, il était Gombaud de Plassac (tome IV, p. 115). Il a trouvé très-étonnant que personne n’eût fait avant lui cette découverte ; il m’a même reproché, à moi, de ne pas l’avoir faite, quoique je n’eusse pas mis le pied sur ce terrain généalogique. De son côté, l’annotateur de Rapin, qui ne cherche que noise, suppose que j’ai dit le chevalier « originaire de Touraine et non de Poitou ; » je ne sais où il a pris cela. Mais, en revoyant mon Portrait du chevalier de Méré, je me ferais plutôt un autre reproche : c’est d’avoir dit que, dans la notice de Joly, M. de Plassac est confondu avec son frère. En ces termes absolus, ma critique peut paraître injuste. J’ai voulu dire simplement que Joly (p. 369) n’avait pas distingué les deux frères comme étant tous deux correspondants de Balzac ; car j’ai peine à croire que les Lettres, adressées par Balzac à M. de Plassac-Méré, soient à la même personne que celles qui sont adressées tout à côté au chevalier de Méré : et il est bien certain que quand Sorel parle de M. de Plassac, il entend parler du frère aîné, auteur d’un recueil de Lettres et critique malencontreux de Montaigne. Mais on conviendra qu’aujourd’hui, et lorsqu’un critique littéraire, sous peine de voir ses jugements infirmés et de passer pour superficiel, est obligé à tout moment de s’appesantir et de s’attarder sur de pareils détails, il ne serait pas mal d’exiger préalablement qu’il fût un peu clerc de notaire. Oh ! que les Anciens étaient donc plus fa-