Page:Sand - Antonia.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


qu’exaltée par la solitude, la richesse, l’ennui et la vanité.

— J’ai eu tort, se disait-il, de confier ma demande à cette folle de baronne. Elle s’y est mal prise : elle ne m’a pas seulement nommé ! Elle a dit que j’étais un vieux roturier, voilà tout, et la petite comtesse n’a pas deviné du tout qu’il s’agissait d’un homme bien conservé, qu’elle a loué elle-même de sa bonne santé et de sa bonne mine, d’un homme qu’elle sait généreux et grand, et dont les talents comme amateur de jardins et producteur de raretés ne sont pas à dédaigner. J’en veux avoir le cœur net. Je veux me déclarer moi-même ; je veux savoir si je dois aimer ou haïr.

Il entra résolument dans l’hôtel, et demanda à parler d’affaires à la comtesse. Elle hésita un peu à le recevoir ; elle le savait bizarre et le jugeait maniaque. Elle eût souhaité que Marcel fût présent à l’entrevue ; mais elle connaissait la susceptibilité de son vieux voisin, et elle craignait de nuire aux intérêts de madame Thierry en refusant de le voir. Elle le fit entrer. Elle était seule, mais elle pensa qu’il serait de la dernière pruderie de s’alarmer d’un tête-à-tête avec un vieillard dont l’austérité de mœurs était avérée.

Le richard arrivait avec des idées de lutte ; il s’imaginait devoir batailler pour obtenir ce tête-à-tête. Quand il s’y trouva tout porté, et sans autre obstacle que deux minutes d’attente, quand il vit l’accueil un peu réservé, mais toujours poli et affable, de sa belle