Page:Sand - Antonia.djvu/148

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— Voilà, dit Julien en ouvrant le tiroir de sa table.

L’horticulteur s’assit et écrivit assez vite ; ensuite il appela Julien, qui cachait son impatience en ôtant sa veste de travail et reprenant son habit déposé sur un siège.

— Vous faut-il un cachet ? dit Julien.

— Pas encore. Il faut que tu corriges mon billet. Je ne me pique pas d’être savant, et je peux faire des fautes d’orthographe. Lis-moi ça, lis tout haut, et corrige ensuite les points, les virgules, tout.

Julien, qui sentait un piége, parcourut d’un rapide regard les quelques lignes que l’oncle avait écrites d’une main ferme. Il eut un éblouissement et faillit froisser le papier avec indignation ; mais il crut à une épreuve tentée sur lui par cet homme quinteux et bizarre. Il se contint, affronta, impassible, le regard scrutateur férocement fixé sur lui, et lut d’une voix assurée le contenu du billet :

« Madame et amie,

« Nous étions si confusionnés tout à l’heure, que nous nous sommes quittés sans convenir de nos faits pour demain. Je ne vous cèle point que je prendrai acte de votre présence à ma petite fête comme d’une nouvelle espérance que vous me donnez, et de votre refus comme d’une rupture ou d’un atermoiement fâcheux. Je vous ai dit que je ne voulais point être berné, et vous m’avez promis d’être sincère. La nuit