Page:Sand - Antonia.djvu/292

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— Juliot ne sait ce qu’il dit ; Juliot ne la connaît pas !

— Juliot l’a vue un jour à la comédie ; il ne l’a point oubliée. Il ne sait pas son nom, il l’appelle la cliente de campagne. Il m’a souvent parlé d’elle : sa grâce et sa douceur l’ont frappé.

— Eh bien, après ?

— Après ? L’enfant a été dimanche dernier à la fête de Nanterre avec un camarade de son âge, aux parents duquel tu l’avais confié pour cette partie de plaisir ?

— C’est vrai !

— Les deux enfants ont échappé quelques instants à la surveillance des parents, pour courir autour du village. Un arbre chargé de fruits, qui dépassait un mur peu élevé, a tenté leur espièglerie. Juliot a grimpé sur les épaules de son camarade, il s’est fourré dans l’arbre, et, pendant qu’il remplissait ses poches, il a vu passer à ses pieds une femme qu’il a reconnue. Je sais la rue, je me suis fait décrire la maison. J’ai été à Nanterre, je me suis informé dans le voisinage : j’ai su qu’une madame d’Erlange (c’est Julie, qui a pris un nom supposé) demeurait là avec sa fille de chambre, qu’elle ne sortait jamais, mais que personne ne la surveillait, et qu’elle vivait seule par goût ; qu’elle ne passait point pour malade, bien que ton fils l’ait trouvée changée. Enfin je sais qu’elle est prisonnière sur parole, ou qu’elle craint mes importunités. Marcel, dis-moi la véritable raison. Si c’est la dernière, dis-lui de revenir, de rentrer chez elle ; dis-