Page:Sand - Antonia.djvu/294

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En parlant ainsi, il examinait sa mère. Elle fit une exclamation de joie, mais en même temps un nuage passa sur son front. Julien s’assit près d’elle et lui prit les deux mains.

— Avoue-moi la vérité, lui dit-il : ce projet de mariage t’inquiète un peu ?

— Comment veux-tu que je ne désire pas ardemment ce qui doit te rendre heureux ? Seulement, je croyais que tu n’espérais plus…

— J’étais très-résigné, et tu disais comme moi : « Ne nous décourageons pas, attendons. N’y pensons pas trop ; peut-être oubliera-t-elle, et alors peut-être ferais-tu bien d’oublier aussi. »

— Et tu me répondais : « J’oublierai s’il le faut. » À présent, je vois que tu comptes sur elle plus que jamais.

— Et ne penses-tu pas que j’ai sujet de me réjouir ? Dis-moi franchement si je me fais illusion, tu dois chercher à m’en préserver.

— Ah ! mon enfant, que te dirai-je ? C’est une adorable personne, et je l’adorerai avec toi ; mais sera-t-elle heureuse avec nous ?

— Tu sais que M. Antoine se propose d’agir avec elle presque aussi bien qu’avec nous, qu’il lui laissera de l’aisance. La misère, qui t’effrayait pour nous, n’est donc plus à redouter. Quelle chose te tourmente à présent ?

— Rien, si elle t’aime !

— Tu soupires en disant cela. Tu en doutes donc ?