Page:Sand - Antonia.djvu/295

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— J’en ai douté jusqu’ici, mon enfant. Que veux-tu ! si je lui fais injure, c’est votre faute à tous deux. Vous n’avez pas eu de confiance en moi, je n’ai pas vu clairement poindre votre amour, je n’ai pas suivi ses phases, et, quand vous m’avez dit un matin : a Nous nous aimons à la folie, » j’ai trouvé cela trop brusque pour être bien sérieux. Il me semblait que vous vous connaissiez à peine !… Quand j’ai dit à ton père que je l’aimais, il y avait trois ans qu’il travaillait à décorer notre maison et que je le voyais tous les jours. On m’avait proposé de bons partis, j’étais bien sûre de n’aimer que lui. Julie s’est trouvée vis-à-vis de toi dans une position différente. Aucun mariage assorti à sa condition et à ses idées sur l’amour ne se présentait encore. Elle était dévorée du besoin d’aimer, et elle s’ennuyait mortellement sans en convenir. Elle t’a vu, elle t’a estimé, tu le méritais. Tu lui as plu, cela devait être. Des circonstances particulières vous ont rapprochés, elle a cru t’aimer passionnément. S’est-elle trompée ? L’avenir nous le dira ; mais elle s’est enfuie au moment où elle disait vouloir se prononcer, elle t’a laissé souffrir et attendre sans t’envoyer un mot de consolation. Si j’ai douté d’elle, conviens que les apparences sont contre elle !

— Alors tu crois que le préjugé est plus fort sur elle que l’amour ? tu crois qu’elle mentait quand elle me parlait avec enthousiasme de la vie modeste qu’elle voulait embrasser, et du peu de cas qu’elle faisait des honneurs et des titres ?