Page:Sand - Antonia.djvu/329

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manger celui qu’il gagnait en travaillant comme un manœuvre. Et je sais faire un autre usage de l’argent moi : je le conserve, je l’augmente tous les jours, et je fais des heureux quand ça me plaît !

— Où voulez-vous en venir, monsieur Antoine ? dit madame Thierry, qui voyait, de la porte placée derrière M. Antoine, Marcel lui faire des signes qu’elle ne comprenait pas.

— Je veux en venir à ça, que vous n’êtes pas une si bonne mère que vous croyez. Vous voulez bien tout sacrifier à votre fils, hormis votre mépris pour la fortune qui vous vient de moi. Vous croyez donc que je l’ai volée, ma fortune, et que mon or sent mauvais ?

— Mais, au nom du ciel, pourquoi me dites-vous de pareilles choses ? pourquoi supposez-vous que je vous refuse l’estime qui vous est due ?

— Parce que, si vous étiez une bonne mère, au lieu de me chanter ces sornettes-là, vous me diriez : « Mon frère, nous sommes malheureux et vous êtes riche, vous pouvez nous sauver. Nous sommes un peu fous, nous voulons faire la cour à madame d’Estrelle, ça n’est pas une raison pour nous laisser sans pain. Pardonnez-nous tout à la fois, voyons ! permettez-nous l’amour et le besoin de manger ; ça nous humilie, tant pis ! Nous savons que vous êtes un homme grand et magnifique, vous aurez pitié de nous et vous accorderez tout ! » Oui, madame André, voilà ce que vous diriez, ce que vous demanderiez à genoux, si, au