Page:Sand - Confession d une jeune fille - vol 2.djvu/70

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situation sérieuse qui ne nous impose une sérieuse obligation. Pourquoi faut-il que j’ignore la mienne, quand je ne demande qu’à la connaître et à la remplir ! Suis-je un enfant inepte pour signer mon abaissement ou ma ruine sans savoir ce que je fais ? Faudra-t-il que, cédant aux conseils de la prudence mondaine, je reçoive de l’argent pour perdre mon nom, ou que, me fiant à mes instincts de fierté, je lutte, pour le garder, contre des inimitiés mystérieuses, peut-être implacables ? Quoi ! je ne saurai rien, et ce sera un texte de loi pour ou contre moi qui disposera de ma raison et de ma conscience ? Non ! je ne suis plus une enfant. Depuis hier surtout, il me semble que j’ai la force et le courage d’une personne mûre. Dites-moi qu’au nom de l’honneur on me demande je ne sais quel grand sacrifice, je me sens capable de l’accomplir ; ou que, par suite de je ne sais quelle haine, on veut me fouler aux pieds, je me sens l’énergie de tout braver ; mais ne me dites pas que je suis en péril et que, pour me sauver, j’ai le choix entre la honte et la misère, car je ne vois pas que j’aie mérité l’une, et je ne suis pas d’humeur à supporter l’autre.

— Eh bien, mademoiselle Lucienne, dit M. Mac-Allan, visiblement touché de ma détresse, je ne vous conseille plus d’attendre huit jours, je vous